Au loin les bruits de pas des pas du monde la poussière qu’on soulève au loin les remous de poussière qui arrivent au pas de nos portes au pas de nos portes les bruits et la poussière qu’ils nous amènent, on ne les voit pas encore pas encore mais déjà nos yeux les guettent comme on guette demain quand le soleil se couche, la poussière du monde arrive partout elle arrive toujours à se faufiler partout sur le pas de nos portes elle nous apportera des morts et des vies nouvelles, elle viendra tout changer, tout transformer, nos amours et nos vies, nos amours et nos vies, les pas des hommes du loin reviennent toujours d’où ils sont partis, un jour, il y a longtemps, ils sont partis, ils laissent derrière eux le souvenir du chemin, et le chemin les ramène, pleins de poussière et de rêves, et des couteaux dans les mains, pour trancher nos vies et nos fils, pour nous regarder comme des statues figées dans le passé et qu’on avait oubliées, laissées là comme des vases, pour tout contenir tout ce qui nous reste, et nous avançons vers eux, nos villages se déplacent, tous seuls, nos villages se déplacent comme pour les rejoindre plus tôt la curiosité de sentir sur sa peau les mains des hommes qui nous ont laissés, pour se souvenir, pour en finir avec les vieilles vies et changer les Histoires que demain on vendra à nouveau aux chemins des conquêtes.

Burkina - 2002