Est-ce que tu es là ? C’est trop sombre ici, approche un peu, je te vois mal. Mais où es-tu ? C’est affreux comme endroit. On dirait une caverne... ou bien est-ce une grotte ? Qu’est-ce que tu fais dans un endroit pareil ? Tu te prépares ? Mais à quoi donc, dis-moi, dans une grotte si sordide ! A la libération ? Je veux bien te croire, je ne demande que ça, sortir de ce cloaque. Pas encore ? Mais qu’attends-tu ? L’heure ? Et quand viendra-t-elle, l’heure, dis-moi ? Quand ils arriveront ? Mais qui ? Tes ennemis ? Tu as des ennemis ? Déjà ? Tu sembles si jeune... Dis-moi qui ils sont, je te défendrai ! Je ne laisserai personne te faire de mal. Pourquoi te caches-tu ? Je te vois à peine... Qu’as-tu sur ton visage ? Et dans tes mains, que portes-tu ? Je veux savoir. Bien sûr que si, ça sert à quelque chose. Mais à quelle époque vis-tu donc, pour être ainsi sans lumière et sans eau ? Non, je dois comprendre. Mais je ne peux pas comprendre si tu restes si loin, dans la pénombre, et à te taire, avec tes mains contre ton ventre. Es-tu enceinte ? Seras-tu mère ? Ne sois pas en colère, je veux seulement savoir, ce qui va se passer. Car je vois bien qu’il va se passer quelque chose. Sinon tu ne te cacherais pas au fond d’un grotte, n’est-ce pas ? N’as-tu donc pas confiance, pour ne vouloir rien dire ? As-tu peur ? Que vas-tu faire, dis-moi, que vas-tu faire ? Non, je ne suis pas des autres. Je ne sais pas qui sont les autres dont tu parles. Oui, regarde mon visage, si tu veux. Prends-le dans tes mains. Tu vois bien, je ne suis pas de ces autres. Mais maintenant je te vois, toi, et j’aimerais que tu me dises, pourquoi tout à coup j’ai si froid... Oui, bien sûr, bien sûr que tu es forte. Je le vois bien. Et tu souris ? Tu es heureuse ? Allons ! Comment peux-tu être heureuse dans un endroit si gris ! Sans soleil et sans rire... Mais je vois ton sourire, oui, et pourtant je n’y crois pas. Dis-moi pourquoi, dis-moi ce qu’il y a là-derrière qui me fait peur. Je pourrais te défendre, si on te fait du mal. Parle, dis-moi pour cette libération, et ce que tu attends, assise ainsi dans une époque perdue... Les autres ? Mais qui sont ces autres à la fin ? Je n’en ai rencontrés aucun. Mais les grottes sont nombreuses. Sont-ils mauvais? Si mauvais,vraiment? Et pourquoi, que font-il pour mériter ainsi ta haine ? Elle est si grande, n’est-ce pas... Bien sûr, que tu ne failliras pas. Je le devine. Tes mains tremblent, mais tu ne failliras pas. Tu feras ce que tu dois faire, n’est-ce pas, tu iras punir tes autres... Pourquoi dois-tu ? Pourquoi est-ce toi ? Qui t’a désignée ? Tu ne veux pas voir les arbres qui bordent ta grotte ? Certains sont hauts ; on peut grimper, tu pourrais voir de l’autre côté des autres. Tes frères savent- ils ? Ils t’empêcheront. Non, je ne te crois pas. Des frères ne peuvent souhaiter la mort de ceux qu’ils aiment, même pour les autres. Et ils sont fiers ? Et toi aussi. Comme ton regard brille fort ! L’orage y couve, mais c’est une fièvre amère... Alors tu feras ce que tu dois faire. Bien sûr que si, je suis triste. Oh, tu peux bien être contente, moi je suis triste. Tu peux bien rire, ton rire me fait pleurer. Non, je ne connais pas les autres. Je ne sais d’eux que la haine qu’ils t’inspirent. Peut-être aiment-ils grimper aux arbres, y auras-tu pensé ? Si les enfants des autres aiment grimper aux arbres, tu dois les laisser faire. Quelle importance, ce qu’ils croient ? Quelle importance, dis-moi, leurs stèles et leurs prières? Sont-ils venus vous tuer, sont-ils venus pour t’offenser ? Si les autres sont des tueurs, ne pleure pas, je peux te consoler, je pourrais essayer... mais tu ne veux pas de mes bras, tes bras sont déjà pris. Tes bras sont pleins de mort comment pourrais-je te serrer contre moi, si ton ventre est grossi de mitrailles ? Es-tu tueuse d’hommes? Vraiment ? Qui croirait ton visage... Je n’ai pas vu de tueurs. Mais les grottes sont nombreuses. Oui, je te crois, je sais que tu tueras. Tu es une tueuse. Alors tu es des autres ? Tu es avec eux. Tu vas faire ce que tu dois faire. Tu es heureuse, je le vois bien. Tu vas mourir. Tu vas faire ce que tu dois faire. Pour le respect des stèles et des prières. Les mots de tes Bibles. Oui, tu es heureuse, je le vois bien, comme tu souris, comme tu es sûre. Alors je dois te laisser. Au fond de ta caverne, le ventre plein de ton avenir si proche. Mais dis... On entend quelque chose, dehors, entends-tu ? Quel est ce cri affreux? Est-ce ton dieu qui pleure ? Des monstres ? Il y a des monstres, près de chez toi ? Des bêtes féroces ! Carnivores et sans âge ? Ils attaquent vos camps, déciment vos champs, mâchent vos enfants ? Ce sont les autres ? Tes ennemis qui arrivent !! Non ? Ah... Eux, ce sont seulement des animaux. Ce ne sont pas les autres. Ce sont des dinosaures. Ils n’ont même pas de stèle.