PROJET RECONNAISSANCES

Ce projet est né d’une volonté d’exposer mon travail dans des lieux qui fassent sens, qui soit une part intégrante de ce qui cherche à se dire. Des lieux qui évoquent mon passé, et me relient aussi à ma vie présente. Des lieux pour moi palimpsestes. Voilà pourquoi l’exposition se déroulera dans trois endroits différents : au Cloître des Billettes, à Paris, où je vis aujourd’hui, à l’Eglise Saint Pierre, à Caen, où j’ai passé mon adolescence, et à Cabourg, lieu des étés de mon enfance.  

Temps 1 Un cloître dans la ville

Cloître des Billettes, Paris, 9/23 avril 2018

Une cour carrée, un enfermement, pour un corps qui marchera sans surprise vers une promenade toujours identique. Pour permettre autre chose : un dédale intérieur, et infini. Le cloître est le lieu suffisamment « droit » pour accueillir les questions les plus obliques, et suffisamment solide, pour les plus difficiles. Temps adulte, lieu de ma vie présente, ce cloître parisien symbolise ce que je souhaite garder de ces surfaces accumulées, abîmées et restaurées, des temps de ma vie passée : la passion du doute, l’amour de la question, un cloître intérieur où je tente d’abraser toute certitude. Non pas une volonté de réponses. Non pas la recherche des comment, mais l’invocation de ces pourquoi multiples qui irradient nos vies. Au cloître, on peut s’affronter aux doutes les plus radicaux, ceux qui ne quitteront jamais la toile, qui fondent notre existence. 

Temps 2 Un pas vers le large

Villa Bruno Coquatrix, Cabourg, 12/21 mai 2018

Grandir non loin d’un bord de mer imprègne toute une enfance. Un indélébile, que l’on pourra chercher à effacer, mais qui resurgira, car sa trace est première. La couleur de fond d’une toile. Une plage, c’est un souffle, celui du vent, et celui de l’ailleurs. L’option vers le large : garder en soi toujours ce possible, en faire un radeau de survie lorsque l’air est irrespirable. Tout repeindre, tout reprendre, un aplat nouveau. Changer de lieu, changer de vie, changer de métier. Cabourg m’a offert cette ligne d’horizon. Cette liberté qui autorise l’écart, impose le recul et la patience, fonde, aussi, la pratique artistique. L’écriture, qui est au cœur de l’histoire de la ville avec Marcel Proust, est au centre de ma vie autant que la peinture, elle s’intrique à elle, comme une double promenade. Ces tableaux sont une recherche du temps perdu. 

Temps 3 Eglise Saint-Pierre, Caen, 1er juin/ 12 août 2018

J’ai toujours aimé entrer dans les églises. M’y asseoir, écouter les bruits légers, les chaises, les chuchotements, respirer cette odeur si typique de pierre et de bois, parfois de cire fondue. Il m’a toujours fasciné de penser que ces murs étaient déjà là, des siècles auparavant. Ces murs sont, à leur manière, des palimpsestes. Je me suis souvent rendu dans cette église. Elle a accueilli mes colères d’adolescence, les interrogations de ce temps de métamorphose. Une ligne verticale, qui regarde vers le ciel, comme ce clocher, et qui tente de briser l’écorce de l’enfance. Savoir qui l’on est, première opération de sculpture de soi, premier passage de la ponce du copiste, rencontre avec soi. La guerre, intérieure, et celle vécue dans la chair de la ville, dont les commémorations ont forgé en moi le sentiment du devoir, de la justice attendue. La première partie de ma vie a été consacré au droit. Partir, s’exposer, la rencontre avec l’Autre. 

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